Le papy krach
por
B. Spitz

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Du baby-boom au papy-krach
: la France vieillit en laissant à ses enfants la facture.
Les jeunes paieront plus, pour moins de prestations, de formation, de services
publics, d'emplois...
Pourtant quand ils protestent, c'est contre les réformes qui allégeraient
leur fardeau.
Et si, devenus lucides, ils se révoltaient enfin pour de bonnes raisons
?
Bernard Spitz a écrit Notre Etat, avec Roger Fauroux.
Il est l'auteur de nombreux essais et articles sur la réforme de l'Etat
et la modernisation de l'économie française.
Extrait du livre :
Vers une France de vieux
Gouverner, c'est d'abord affronter l'imprévisible.
Qu'il s'agisse de la conjoncture économique, des progrès de la
science, de l'état des relations internationales ou du prix des matières
premières, la décision publique vit dans l'ère des incertitudes.
Dans cet océan d'aléas, il existe un îlot qui donne aux
gouvernants la capacité de prévoir à long terme avec une
faible marge d'erreur : c'est la démographie, la science de la population.
De cette discipline et des données qu'elle permet d'étudier, tout
dépend. Elle éclaire l'avenir de la planète, des enjeux
de la lutte contre le sous-développement aux déplacements de population,
d'un continent à l'autre. Ses enseignements sont aussi décisifs
à l'échelle de la France, qui dispose d'une remarquable école
de pensée, de spécialistes de réputation internationale
et de données particulièrement fiables.
Une génération de dirigeants avait donc non seulement la possibilité
de savoir ; elle en avait également le devoir. Qu'en ont-ils fait, depuis
les années 70, à l'époque où le Premier ministre
s'appelait... Jacques Chirac et son principal opposant François Mitterrand
? S'ils savaient à l'époque ne serait-ce que le contenu des programmes
qu'on enseignait à leurs enfants, ils ne pouvaient ignorer que la France
connaîtrait, autour de l'année 2005, un «retournement»
démographique ; en d'autres termes que le nombre de personnes âgées
inactives s'accroîtrait brutalement quand celui des jeunes actifs diminuerait.
C'était il y a trente ans, au sortir de trois décennies de croissance,
qualifiées pour cette raison de «Trente Glorieuses». Il n'était
pas difficile de prendre alors les décisions qui nous auraient permis
d'anticiper ce retournement, pour mieux le maîtriser aujourd'hui.
Mais il aurait fallu pour cela privilégier le futur par rapport au court
terme. Il aurait fallu risquer de déplaire à ces «seniors»
dont les voix étaient - et restent - si utiles au moment des élections.
Il aurait fallu être élu pour «faire» et non seulement
pour «durer».

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