Le « Mamie
boom », une révolution ?
Eric Donfu : Peut-être,
dans le sens de Nietzsche « Une révolution qui avance sur des pattes
de colombe » Déjà,
les faits sont indiscutables. Les chaussons roses ont gagnés. Le baby
boom des années 1946-1967 n’est pas devenu un papy boom mais un
mamie boom ! Il s’agit donc d’abord d’un phénomène
démographique. Les premières « boomeuses » nées
à partir de 1946, arrivent en nombre à l’âge de la
maturité et de la retraite et plus on avance en âge, plus les femmes
sont
majoritaires Et il y aura 25,1 millions de plus de 50 ans en France en 2020,
6,1 millions de plus qu’en 2000…
Mais c’est aussi
un phénomène physiologique car, avec l’amélioration
des conditions de vies, un meilleur capital génétique et les progrès
de la médecine, l’espérance de vie a augmenté de
trente ans au cours du vingtième siècle. L’écart
est toujours de près de sept ans en faveur des femmes. Et les boomeuses
sont devenues des championnes de la négation de l’âge.
Garder une étonnante
jeunesse au-delà de 50 ans n’est plus le privilège des stars
même si Sophia Loren fait la couverture du calendrier Pirelli à
72 ans…
Sharon Stone, Madonna,
Charlotte Rampling ou Arielle Dombasle ne sont plus des exceptions…
Ces femmes « seniors
» sont formées et pluriactives. Ce sont elles qui ont maîtrisé
leur maternité, conquis le travail, l’égalité de
droit dans le couple et modifié les modes d’éducation. Elles
sont la première génération de femmes libérées,
entre des mères qui ont été les premières à
voter et à s’émanciper après guerre, et leurs filles
élevées dans une culture d’égalité des sexes,
même si elle n’est
toujours par réalisée et si ses acquis restent fragiles.
N’oublions pas que
traditionnellement, les femmes étaient elles-mêmes des freins à
l’émancipation des femmes.
Mais ce «
mamie boom » reste un barbarisme ?
L’ usage du mot se
développe de plus en plus, mais dans les dictionnaires, effectivement,
et depuis 1985, seul le mot papy boom a droit de cité,. On retrouve là
le sens « unisexe » du citoyen neutre né avec la Révolution,
mais qui a longtemps caché une répartition des rôles perpétuant
une domination de l’homme.
On peut aussi y voir la
crainte d’une féminisation de la société, d’un
premier sexe, comme d’autres redoutent une « juvénilisation
» de la société, son immaturité en raison de l’allongement
de la vie… Débats intéressants, mais affirmations stupides
à mon avis, comme le serait une relance de la « guerre des générations
»…
Oh mamie boom révèle,
sous différents angles, ce mouvement désormais majoritaire sur
le plan démographique mais toujours minoritaire sur le plan des valeurs
Mères et grands-mères, les mamies boomeuses ont la cote. Contrairement
à sa propre grand-mère, et souvent à sa mère, la
nouvelle grand-mère ne peut plus s’abriter derrière une
panoplie prête à l’usage. L’image d’Epinal de
la vieille dame au chignon tricotant au coin du feu est dépassée
ou réservée à l’arrière grand-mère
et encore…
Aujourd’hui la nouvelle
grand-mère se fait « enrôler » par ses enfants, qui
n’hésitent plus à la « former » et elle doit
trouver la bonne distance avec eux tout en se créant un style sur mesure,
en fonction de sa personnalité et du contexte (son âge et sa situation
personnelle notamment). Nous en avons dégagé plusieurs.
Il y a d’abord la
grand-mère providence qui se dédie toute entière à
sa famille et à ses petits enfants et sa variante, la grand-mère
pompier qui arrive en courant dès qu’il y a un problème.
Ou encore les « cheftaines » et les « fées seniors
», deux styles de créatrices. Nous passons de la grand-mère
bibelot à la grand-mère qui se jette à l’eau..
Grève du mamie sitting,
guerre des casseroles, difficiles de s’ennuyer avec ces mamies boomeuses…
Nous avons aussi révélé
les « trop proches » comme la matriarche qui sait tout mieux que
sa fille, ou la mère adjointe qui joue son rôle de substitut maternel
sans vrai doigté.
Il y a aussi les «
assez proches », la grand-mère intermittente, la grand-mère
émérite, souvent l’arrière grand-mère, fatiguée
par l’âge, mais il reste aussi des figures distantes, comme les
icônes ou les bibelots, personnages mythiques mais passifs, voire les
grandsmères carrément indignes qui refusent de s’occuper
de leurs petits enfants…
Une encyclopédie
de la mamie, utile à toutes et tous, et capable de vous entraîner
au plus profond de votre enfance
Pour ces études, réalisées à l’occasion de
la fête des grands-mères, et dont nous donnons des résultats
inédits dans le livre, nous avons interrogé plus de six cent grands-mères,
leurs filles et leurs petits enfants.
Nous avons observé
un renforcement du rôle et de la place des grands-mères dans la
famille, que ce soit à l’occasion des repas, où dans une
complicité nouvelle avec ses petits enfants devenus adolescents.
Vous suggérez
aussi que ce « mamie boom » préfigure un nouvel « art
de vieillir »
Oui, et c’est l’objet
de la deuxième partie du livre. La part de plus en plus grande des plus
de soixante ans dans la société incite à approfondir les
sciences du vieillissement, les options d’aménagement urbain, la
place du loisir dans le temps libre, l’équilibre
économique et social de la société, et révèle
encore plus des préoccupations comme la santé et l’environnement.
« Oh mamie boom »,
un livre étonnant alliant littérature, poésie, économie
et psychologie .Le livre de plusieurs générations pour refléter
aussi un état d’esprit, un sens de l’humour, les joies et
les plaisirs de la vie
Aujourd’hui, bien
vieillir, c’est d’abord rester autonome et en premier lieu rester
maître de son esprit et de son corps. Je reprends l’équilibre
entre le physique, le psychique et le social, bien dans son corps, bien dans
sa tête et bien avec les autres. Si la pratique sportive des plus de soixante
ans a été multipliée par sept en quinze ans (chiffres de
2004) on sait aujourd’hui que le vieillissement du cerveau, s’il
est inéluctable et altère un peu la mémoire, et ne nuit
pas de façon irréversible aux capacités intellectuelles
Ces capacités peuvent
même être développées à tout âge par
des activités nouvelles ou un entraînement cognitif. Je consacre
un chapitre à ce thème, en rendant compte des études et
expériences scientifiques les plus récentes.
D’ailleurs, nous
rappelons que les maladies neurodégénératives comme Alzheimer
ou Parkinson, ont d’autres causes que le vieillissement, même si
elles s’accentuent dramatiquement avec l’âge. Des pistes de
recherche médicales aboutissent, j’en parle aussi. Mais bien vieillir
c’est surtout rester dans son environnement avec un mélange des
âges. L’accessibilité de l’espace public, rue, trottoirs,
etc… mais aussi l’adaptabilité des logements, doivent profiter
à tous et remettre en question toutes ségrégation par
l’âge ou le handicap.
Dans le couple comme dans
la vie, chacune et chacun doit pouvoir choisir la vie qui lui convient.
Le mélange des âges
se fait déjà dans la famille ou se retrouvent trois, quatre et
parfois cinq générations, même avec moins d’enfants
par foyer, ce qui transforme la pyramide des âges et des générations
en « famille verticale ».
Dans l’entreprise,
les seniors reviennent après avoir été exclus. Une nouvelle
disposition leur permet de cumuler une retraite avec un temps partiel. Même
si la France est en retard pour le travail des plus de 50 ans et si leur taux
de chômage est élevé, cette tendance devrait se confirmer.
La représentation des seniors dans la vie sociale, politique et associative,
devrait favoriser aussi
leur ouverture sur la jeunesse et les encourager à soutenir toutes les
initiatives intergénérationnelles.
L’amour de
la vie, le message du « mamie boom » ?
Nous allons vers une société
grise où la matière grise fera la différence ! Et dans
le même temps, à l’image du passage, en quarante ans, du
noir et blanc à la couleur à la télévision et dans
la mode, ce mamie boom porte en en lui une énergie vitale.
On y retrouve des exigences qui touchent au souci del’autre, un sens de
la prévention, de la tolérance. Mais aussi, face à toute
violence, une force qui manque à une société en quête
de sens. L’avenir de la planète y trouve aussi et une vigilance
sur les questions d’environnement et de santé, que nous avons retrouvée
aussi bien en France qu’en Afrique, aux Etats Unis ou
en Chine…
Oh MAMIE BOOM de Eric Donfu
Editions Jacob-Duvernet.